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Le rapport du sommet du JAMA sur l'IA, publié en octobre 2025, contient une phrase volontiers provocante [1]. Le recours à l'IA est resté jusqu'ici volontaire ; à mesure que ses bénéfices seront établis, ne pas utiliser un outil d'IA pourrait être considéré comme contraire à l'éthique ou comme un manquement au standard de soins.
Le point de départ, lui, ne change pas. En Suisse, aucune loi spécifique ne régit la responsabilité liée à l'IA, et le médecin reste responsable du diagnostic même lorsqu'il s'appuie sur un logiciel [2]. C'est ce que rappelle notre page « Que dit la loi ? ». La question du JAMA ne remet pas ce principe en cause : elle regarde dans l'autre direction.
Un standard qui évolue
En droit suisse, le médecin doit respecter les règles de l'art, que le Tribunal fédéral définit comme les principes établis par la science médicale, généralement reconnus et communément appliqués par les praticiens [3]. Tant qu'un outil d'IA n'en fait pas partie, s'en passer ne peut pas constituer une faute. Mais ce standard n'est pas figé : il suit l'état de la science.
Aujourd'hui, la question ne se pose pas sérieusement pour la plupart des usages. Peu d'outils d'IA ont été évalués par des essais randomisés, et aucune société de discipline suisse n'en a fait, à notre connaissance, un élément de ses recommandations. Pour un généraliste, le risque juridique se situe clairement du côté d'un usage imprudent des grands modèles de langage, pas de leur absence.
Certains domaines approchent pourtant du seuil. En dépistage du cancer du sein, l'essai suédois MASAI, mené chez plus de 105 000 femmes, a montré avec la lecture assistée par IA 12 % de cancers d'intervalle en moins et une charge de lecture réduite de 44 % [4]. En Allemagne, des juristes estiment qu'une responsabilité pour non-utilisation deviendra concevable dès qu'un usage de l'IA aura rejoint le standard d'une discipline [5].
Ce qui compte dès maintenant
Avant toute obligation d'utiliser l'IA, un autre devoir existe déjà : celui de se former tout au long de sa vie professionnelle (art. 40 LPMéd) [6]. Le médecin doit savoir si un usage de l'IA est devenu recommandé dans sa discipline, et pouvoir justifier ses choix dans un sens comme dans l'autre.
La bonne attitude n'est donc ni d'adopter l'IA par peur d'être en retard, ni de la rejeter par peur du risque. Elle consiste à suivre l'évolution des preuves, à utiliser les outils dans son domaine de compétence et selon les recommandations, et à rester capable d'expliquer pourquoi on les utilise, ou pourquoi on ne le fait pas.
Jean Gabriel Jeannot, le 01.11.2026
Références
1. Angus DC, et al. AI, Health, and Health Care Today and Tomorrow: The JAMA Summit Report on Artificial Intelligence. JAMA. 2025;334(18):1650-1664.
2. FMH. IA générative : considérations juridiques.
3. Tribunal fédéral. ATF 133 III 121, consid. 3.1.
4. Résultats finaux de l'essai MASAI. Lancet. 2026;407:505-514. Communiqué de l'Université de Lund.
5. KI : Wann Ärztinnen und Ärzte für Fehler haften. Medical Tribune.
ASSM, FMH.Guide pratique, chapitre 2.4 : Devoirs professionnels
