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L'IA au cabinet médical : guide pour les assistantes médicales
L’IA générative peut faire gagner du temps au cabinet, à trois conditions : choisir la bonne plateforme, vérifier chaque réponse et rester dans son domaine de compétence. Cet article reprend les messages de la présentation donnée au congrès de l’ARAM le 3 octobre 2026.
La plupart des formations consacrées à l’intelligence artificielle en médecine s’adressent aux médecins. Pourtant, une grande partie du travail quotidien d’un cabinet repose sur les assistantes médicales : accueil et tri des appels, laboratoire, gestion des vaccins, hygiène, correspondance, consignes aux patients. Ce sont précisément des tâches où un outil comme ChatGPT peut rendre service, mais aussi des tâches où une erreur ou une fuite de données a des conséquences concrètes.
Les assistantes médicales sont tenues au secret professionnel au même titre que le médecin pour lequel elles travaillent. Elles doivent donc savoir quels outils utiliser, pour quelles questions, et comment évaluer ce que la machine leur répond. C’est l’objet de ce guide.
Cinq messages à retenir
1. Essayer. L’utilité de l’IA se découvre sur des questions tirées de votre propre pratique. Une à trois plateformes suffisent.
2. Respecter le secret professionnel. Jamais de données de patients hors des outils validés par le cabinet.
3. Choisir la plateforme selon les données transmises, et non selon ses performances.
4. L’IA ne sait pas dire « je ne sais pas ». Ne l’utilisez que là où vous êtes capable de vérifier ses réponses.
5. Commencer par des questions dont vous connaissez la réponse, puis élargir progressivement vos usages, en équipe.
Les sections qui suivent développent chacun de ces points.
Choisir la plateforme selon les données transmises
Le critère décisif n’est pas la qualité des réponses d’un outil, mais la présence ou non de données de patients dans la demande. Un nom ou une date de naissance identifient évidemment un patient, mais une combinaison de détails (âge, commune, profession, motif de consultation) peut suffire elle aussi.
Les grandes plateformes grand public sont hébergées hors de Suisse et n’offrent pas les garanties contractuelles exigées par la loi sur la protection des données (LPD) pour des données de santé. Voici quel outil utiliser selon la situation.
• La demande contient des données de patients : un outil conforme à la LPD, validé par le cabinet (par exemple DOCumenter.ch). Le choix se décide avec le médecin responsable.
• Question médicale, sans données de patients, dans votre domaine : OpenEvidence, conçue pour les professionnels de la santé, qui cite ses sources.
• Question médicale hors de votre domaine : demandez au médecin et suivez les protocoles du cabinet. L’IA ne décide pas.
• Question non médicale (courriel, affiche, procédure) : Euria (Infomaniak) ou Lumo (Proton), deux plateformes suisses respectueuses de la sphère privée.
Jamais de données de patients dans ChatGPT, Claude, Gemini, Copilot ou Grok. OpenEvidence, Euria et Lumo ne sont pas non plus destinées aux données de patients. En cas de doute, demandez avant d’utiliser et choisissez l’option la plus prudente.
Apprendre à juger les réponses
ChatGPT et les outils semblables reposent sur des modèles de langage de grande taille (LLM). Ce sont des modèles de langage, pas des bases de connaissances : ils sont conçus pour produire une réponse plausible. Ils inventent donc parfois des faits, des chiffres ou des références, avec la même assurance que lorsqu’ils ont raison. On parle d’hallucinations.
D’où une règle paradoxale mais essentielle : n’utilisez l’IA que là où vous êtes capable de repérer une erreur. Dans votre domaine, l’IA accélère votre travail. Hors de votre domaine, elle devient un risque, parce que vous ne pouvez plus distinguer une réponse juste d’une réponse fausse.
Dans votre domaine, l’IA est un accélérateur, par exemple pour :
• l’ordre de remplissage des tubes ;
• la conservation des vaccins ;
• les consignes de préparation à un examen ;
• la rédaction d’un courriel ou d’une affiche.
Hors de votre domaine, l’IA devient un risque, par exemple pour :
• interpréter un tracé d’ECG ;
• choisir ou adapter un traitement ;
• évaluer l’urgence d’un appel à la place du protocole de tri ;
• répondre à une question clinique complexe.
Pour calibrer votre confiance, commencez par des questions dont vous connaissez déjà la réponse, par exemple :
À quelle température faut-il conserver les vaccins au cabinet ?
Reformulez ensuite la question, ajoutez du contexte et comparez les réponses de deux plateformes. Évaluez chaque réponse selon cinq critères :
• exacte sur le fond ;
• sources réelles et fidèles ;
• applicable en Suisse ;
• nuances et exceptions signalées ;
• rien d’inventé ni d’imprécis.
Notez votre verdict (fiable, à vérifier, erronée). Au fil des essais, vous saurez quand vous fier à l’outil, quand vérifier et quand vous en passer.
Élargir progressivement ses usages
Une fois la confiance calibrée, les usages peuvent s’étendre par étapes, du plus simple au plus exigeant. Quelle que soit l’étape, chaque texte produit par l’IA doit être relu avant d’être utilisé.
1. Questions pratiques (aucune donnée de patient). Laboratoire, hygiène, vaccins, technique : des questions qui relèvent de votre domaine et dont vous pouvez vérifier la réponse.
2. Textes administratifs (aucune donnée de patient). Courriels, affiches, procédures, check-lists. Exemple dans Euria ou Lumo :
Propose une check-list pour le contrôle hebdomadaire du réfrigérateur à vaccins d’un cabinet médical.
3. Documents pour les patients, validés par le médecin. Consignes et traductions simples. Exemple :
Rédige des consignes simples pour un patient qui doit se présenter à jeun pour une prise de sang.
Pour une traduction, faites retraduire le texte en français afin de le vérifier. Cela ne remplace pas un interprète lorsque l’information est importante.
4. Documents du dossier (données de santé identifiantes). Analyse des courriers entrants, résumés. Uniquement avec l’outil conforme validé par le cabinet, et en accord avec le médecin responsable.
Cette progression gagne à être menée en équipe : partager les prompts qui fonctionnent, signaler les erreurs rencontrées et convenir ensemble des outils autorisés au cabinet.
Pour aller plus loin
L’IA ne remplace ni le jugement de l’assistante médicale, ni celui du médecin. Bien utilisée, elle libère du temps pour ce qui compte : l’accueil et l’accompagnement des patients. Mal utilisée, elle expose le cabinet à des erreurs et à des violations du secret professionnel. La différence tient moins à l’outil qu’à la manière de s’en servir.
Pour voir ces principes appliqués à des situations concrètes du cabinet, le module Démonstrations : l’IA au cabinet médical présente des exemples de demandes et de réponses, plateforme par plateforme.
D’autres ressources sont disponibles sur iamedicale.org, notamment la page Quels LLM utiliser ? et les formations« Mieux soigner et mieux travailler grâce aux nouveaux outils d’IA ». Abonnez-vous à l’infolettre pour être informée des prochains contenus.
Dr Jean Gabriel Jeannot, iamedicale.org / CabinetMedical.ch